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11 février 2008

MALLEUS MALEFICARUM

La sorcellerie est, au départ, une survivance des religions païennes dans lesquelles les fidèles croient pouvoir communiquer, par magie, avec les forces de la nature. Puis, au fil du temps, à mesure que triomphe le christianisme, le sorcier est présenté comme entretenant un commerce avec le diable, et il est, à ce titre, pourchassé par l'église catholique désormais toute-puissante. Vers 1485 paraît le Malleus Maleficarum ( Le marteau des sorcières ) , manuel de lutte contre les démons, qui devient rapidement le bréviaire de tous les inquisiteurs.

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Selon la tradition, le sorcier est celui qui sait obtenir, par des moyens magiques et inavouables, des satisfaction tant morales que matérielles. Personnage ambigu, capable de faire le mal mais aussi de guérir, et il est à la fois craint et respecté par les populations paysannes, qui attribuent généralement de grandes vertus aux philtres qu'il concocte. Mais, dès le Xème siècle, l'église catholique voit en lui un ennemi qui incarne la survie des pratiques préchrétiennes, puis un personnage hérétique qui s'est fait le serviteur du diable. Dès 900, la sorcellerie est dénoncée par le moine Régimon de Prüm. Puis, en 1270, paraît la Summa de Officio Inquisitionis ( Le traité de l'Office de l'inquisition ), qui édicte les peines à infliger aux sectateurs du démon. En 1535, à Toulouse, un procès retentissant a lieu devant le tribunal de l'Inquisition. Soixante-trois hommes et femmes accusés d'hérésie avouent sous la torture qu'ils adorent le diable et se rendent à des sabbats. Dès cette époque, les crimes d'hérésie et de sorcellerie sont donc associés. Un démonologue de l'époque, Jean Vinetti, dans son Tractatus contra demonum invocatores ( Traité contre les invocateurs du démon ) de 1450, fait d'ailleurs explicitement entrer la sorcellerie dans le cadre de l'hérésie. Mais c'est surtout au Xvème siècle que se développe une violente répression de la sorcellerie. Le pape lui-même intervient: Innocent VIII promulgue en 1484 une bulle Summis Desiderantes qui condamne la sorcellerie comme l'on déjà fait les autorités temporelles. La publication du Malleus Maleficarum s'inscrit dans ce contexte. Il n'est d'ailleurs pas le seul code destiné à guider les inquisiteurs, puisqu'il s'inspire d'autres manuels du même genre: la Pratica Officii Inquisitionis ( Pratique de l'Office de l'Inquisition ), due à l'inquisiteur Bernard Gui ( Personnage que Umberto Eco fait apparaître dans son roman 'le Nom de la Rose' ) et le Directorium Inquisitorum ( Guide des inquisiteurs ), rédigé par Eymerich.

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Le Malleus Maleficarum est dû à deux inquisiteurs dominicains, dont Jakob Sprenger ( 1436/1505 ) supérieur d'un monastère. Le but des auteurs est de convaincre les populations de la réalité de la sorcellerie, et de donner aux inquisiteurs une méthode pour traiter ce qu'ils considèrent comme une forme gravissime d'hérésie. Le rôle laissé à la délation est important et le recours à la torture, appelée « question », est préconisé le cas échéant. Cette dernière apparaît comme un moyen parmi d'autre pour obtenir des aveux, et les tribunaux religieux ne sont pas les seuls à l'utiliser. Les auteurs remarquent que la sorcellerie est essentiellement un phénomène féminin. Ils ne font en cela que constater un fait: les procès en sorcellerie concernent alors surtout des femmes- les chiffres dont nous disposons montrent qu'un homme pour trois ou quatre femmes seulement est condamné pour ce crime. Le vieux sentiment de misogynie, ou en tout cas de méfiance de l'église vis-à-vis des femmes, qui voit dans les filles d'Eve d'éternelles tentatrices, transparaît ici. A cela s'ajoute une crainte de la sexualité incarnée par les femmes: les pages du Malleus Maleficarum relatives à ces dernières en disent long sur la crainte et le mépris que les deux dominicains leur portent. Le Malleus Maleficarum inspire une série de textes similaires qui alimentent à leur tour les verdicts de très nombreux procès. A travers toute l'Europe, la lutte contre la sorcellerie se poursuit, avec une vigueur inégale selon les époques, les plus troublées favorisant le mieux la répression. Mais c'est en Allemagne que celle-ci est la plus sanglante. La violence des juges est parfois si forte qu'elle suscite des révoltes et que certains inquisiteurs sont assassinés, dont le fanatique Conrad de Marbourg. Des procès de sorcellerie ont également lieu dans le Nouveau Monde, notamment à Salem, en 1692. Après avoir atteint son apogée au début du XVIème siècle, cette répression commence à décliner vers la fin du XVIIème siècle. Mais elle a longtemps été si intense que l'expression « chasse aux sorcières » demeure, de nos jours, synonyme de poursuites arbitraires et iniques. Poursuites vaines d'ailleurs: sorciers et sorcières continuent à mener leurs mystérieuses pratiques ou à abuser de la crédulité populaire, un peu partout dans le monde.

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Posté par jirluin à 00:19 - PASTIS: Les grandes énigmes de l'histoire - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    A la fameuse, « marque du Diable » que de souvenirs^^ J'aime ce genre de note satanique !

    Posté par Andy, 11 février 2008 à 01:44
  • Bon, encore une fois, très bien écrit et bien documenté, bravo !
    Et très jolie photo derrière ! mais où est-ce donc ?
    [vieux]

    Posté par Surprise !, 11 février 2008 à 09:57
  • REP

    @Andy: Moi aussi je trip pas mal ce genre de chose.

    @Père Aimé: Merci!!! C'est une photo de St Tropez que j'ai trouvé sur le net.

    Posté par jirluin, 12 février 2008 à 00:17

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